LE MOUVEMENT ANARCHISTE EN FRANCE. 1917-1945

LE MOUVEMENT ANARCHISTE EN FRANCE. 1917-1945
LE MOUVEMENT ANARCHISTE EN FRANCE. 1917-1945
Auteur : BERRY David
Titre : LE MOUVEMENT ANARCHISTE EN FRANCE. 1917-1945
Disponibilité : En Stock
Prix : 24,00€
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Berry David Le mouvement anarchiste en France 1917- 1945

Un livre militant qui commence par un hommage aux anarchistes morts dans la lutte antifascistes entre 1936 et 1945, qui nous apprend une foultitude d’éléments tout en prenant du recul. C’est pour cette raison que je vais commenter surtout des aspects de la conclusion. Donc rien à voir avec l’étude de Jean Maitron, dont la vision a toujours été empêtrée dans la sympathie condescendante et la démolition systématique et ridiculisante de ceux qui voient leur paradis dans le capitalisme et son génocide –lent et progressif- des pauvres ou le léninisme et son disciplinement –sanglant et sur des générations- de la population.

L’introduction commence par deux citations (j’ai abrégé la seconde) qui situent l’auteur loin du marécage idéologique de la plupart de ses collègues universitaires dans le monde. Sans doute, aucune idée politique n’a jamais essuyé une pluie de condamnations cinglantes que l’anarchisme depuis que Proudhon s’en est d’abord attaché l’étiquette (William O. Reichert). Il est impossible de comprendre l’évolution du mouvement ouvrier sans étudier l’histoire de ses minorités [...] sans apprécier au plus juste l’apport comme les apories du mouvement anarchiste (Denis Berger).

Dans la lecture, tout ce qui a trait à l’Espagne est très documenté, car ce fut une situation de dissension interne parmi les volontaires français, difficile à suivre et très bien résumé (pp. 272-275).

Ensuite, j’ai été frappé par deux faits. Le premier est l’absence d’analyse du moment révolutionnaire russe à partir de 1917 par des militants anarchistes aguerris, comme André Lorulot, si capable de voir les brins de pailles esquintés dans le mouvement libertaire et pas du tout rapidement la poutre léniniste, au point avec d’autres de créer le premier parti communiste français.

Une autre sorte d’erreur, le choix délibéré d’atteler une partie du mouvement libertaire à une force politique « réformiste » lors de campagne de solidarité. Louis Lecoin est le spécialiste de coller au PC lors de la campagne pour sauver Sacco et Vanzetti, y compris en s’éloignant des camarades anarchistes (il faudrait voir si Bartolomeo et Nicola ont eu vent des ces gesticulations de Lecoin). Même attitude lors de la guerre d’Espagne, en taisant toute critique des cénétistes gouvernementalistes, en se séparant, bien entendu, d’une partie des anarchistes critiques.

Dans la conclusion sous-titrée « Mobilisation, composition et idéologie », je choisis d’abord ce que David Berry a trouvé pour les couches sociales et les femmes représentées dans le mouvement anarchiste (en dépit du manque de données). Pour 48 volontaires français socialement identifiés, il a 28 ouvriers. Sur 254 volontaires (français et belges) en Espagne, il y avait 16 femmes, dont 7 dans les milices, 3 tuées au front.L’idéologie est certainement la partie la plus dense du livre, reflet d’une période où deux révolutions sociales avaient secoué le monde et le mouvement anarchiste sur la planète. À l’évidence et des citations de Jean Grave et de Sébastien Faure l’établissent, les anarchistes français étaient dans le doute quant à la faisabilité de leur idéal. On comprend donc des discussions pour arriver à déterminer la nécessité d’avoir une assise sociale et une liaison organisationnelle, sans compter la période de transition et les anarchistes. Dans ce gouffre d’incertitudes, l’auteur isole l’apport du groupe et de la revue Révision, sur la toile (http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique392).

Si je compare avec les anarchistes italiens (à cause du régime de Mussolini) et avec les anarchosyndicalistes espagnols, je perçois chez les camarades français un état sidérant d’enfantillages et de lacunes (qui peut expliquer des conduites étranges vis-à-vis du pétainisme, y compris dans ses aspects les proches du nazisme). Et les conduites hésitantes non moins farfelues d’Émmanuel Mounier, Paul Ricœur et Jean-Paul Sartre, sans compter Doriot et autres leaders de gauche et de la CGT, démontrent un ensemble social très facilement récupéré par le totalitarisme.

On ne peut pas dire non plus que les camarades français étaient loin des fascismes allemand et italien ni qu’ils ignoraient la solidarité envers les antifascistes espagnols et italiens, et les victimes du bolchévisme, à commencer par Nestor Makhno. L’ensemble des anarchistes donnaient mais ne prenaient pas grand-chose pour connaître les autres situations et, éventuellement, les adaptaient à leur pays. Sans aucun doute parce que la majorité n’envisageait aucune retombée sociale pratique dans leur entourage.

David Berry a choisi de finir son étude par cette citation de Charles Ridel (Louis Mercier-Vega) de 1938 d’un article de Révision (http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=1620).

Tranchant nettement sur les autres mouvements par son refus de relations avec la pourriture démocratique bourgeoise, l’anarchisme représente, aux yeux de milliers d’ouvriers révolutionnaires, le Barbare qui rasera la vieille société écroulée dans le sang et le désordre, gardée par ses mercenaires et sa morale corrompue, pour lui substituer un état de civilisation supérieur.

 

Frank Mintz

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